Domaine des Roches Neuves : l’homme aux pieds de vigne

Roches Neuves 1N’y allons pas par quatre chemins: pour moi Thierry Germain est un des vignerons emblématiques de la France et son domaine des Roches Neuves campe au sommet de la pyramide viti-vinicole ligérienne.

Éclat, lumière, vie, minutie, pureté et élégance : s’il fallait coller des mots au travail et aux vins de Thierry Germain ce seraient ceux-là.

Bordelais arrivé dans le Saumurois en 1991, il trône sur un domaine de 27 hectares (ha), travaillé d’abord en bio dès 2001 puis désormais certifié en biodynamie depuis 2003.

Les rendements moyens sont de 40-42 hl/ha. Le labours des sols se fait au cheval sur quelque 3.5 ha.

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Mais au-delà des aspects techniques, ce qui constitue la clé de voûte du Domaine des Roches Neuves, c’est la philosophie du maître de céans. Oui, Thierry Germain conjugue naturellement les approches philosophiques et artistiques, où priment l’émotion et l’instinct, la réflexion et les sensations, la vie et ses énergies, l’homme et son environnement, et tend à laisser à d’autres celles qui privilégient la science et les analyses de laboratoire.

Tout semble être résumé sur l’étiquette et la collerette de ses bouteilles avec ce symbole de l’homme dont les pieds se prolongent en souche de vigne.

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Et tout est développé dans ses commentaires, ses citations, ses observations et l’exposition de ses idées. Morceaux choisis.

Sur le vieillissement d’un vin

« Pour moi un grand vin ne doit pas avoir spécialement besoin de vieillir ; il est bon à la vigne, au moment de vendanges, à la cave, à la mise en bouteilles, et il est bon dix ans après. À partir du moment où il faut attendre 5 ans pour commencer à boire un vin c’est qu’il y a déjà un problème. »

Sur Saumur et le bio

« Quand on a commencé en bio il n’y avait guère que le Clos Rougeard qui s’y était déjà mis dans le Saumurois. On passait pour des barjots mais depuis 6-7 ans maintenant ça s’est bien développé.»

Sur la biodynamie

« Avec la biodynamie il y a une grande dynamique du vivant et à partir du moment où on a pu donner à la plante cette force qui la prémunit des agressions extérieures, la vigne est moins sujette à la pression de maladies comme le mildiou. En 2016, année de forte présence du mildiou, j’ai eu seulement 1% de ma vigne touchée. »

Sur sa philosophie (de la biodynamie)

« Il faut avoir une philosophie (du bio, de la biodynamie) et aller au bout de cette philosophie. Le tracteur émet du CO2 et tasse les sols mais ça reste le moindre mal par rapport aux désherbants chimiques qui tuent la vie. Il faut attendre les tracteurs électriques et avant cela les désherbants bios qui sont en passe d’arriver sur le marché. Là où je peux je travaille au cheval. »

Sur la biodiversité (1)

« J’envisage de réduire la taille de mon domaine viticole à 23-24 hectares pour faire du maraîchage et des cultures fourragères pour nourrir ses animaux sur les 3-4 hectares libérés, il y a tellement à faire pour montrer l’exemple et sortir de cette monoculture où on a détruit la diversité de notre environnement. »

Sur la biodiversité (2)

« J’ai aussi commencé à travailler beaucoup sur les haies dès que je suis arrivé dans les années 1990 pour accroître la biodiversité. Aujourd’hui sur un hectare de vignoble, il devrait y avoir 80% de vignes et 20 % d’arbres. Idéalement on devrait planter 30 ares de vignes, une rangée d’arbres, 30 ares de vignes, etc. pour créer une communication entre les arbres et la vigne, une dynamique de la lumière au niveau des sols. Mais la plupart des vignerons y renoncent pour des raisons de coût. »

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Sur les écoles de viticulture

« Le problèmes des écoles de viticulture c’est qu’elles ont tendance à former des robots, qui ne travaillent plus avec leurs émotions mais de manière stéréotypée et sclérosée. »

Sur l’importance de l’émotion…

« En 2012, j’ai été victime d’épilepsie ; j’ai complètement perdu la mémoire, je ne savais plus faire de vin, je n’ai travaillé qu’avec mes émotions, je pense que mes vins ont pris un autre dimension depuis 2013. »

…et de ce que ça implique

« Quand on fait un vin avec ses émotions, il faut aussi savoir accepter qu’on puisse rater un millésime, qu’on est capable du meilleur comme du pire. »

Sur les clos

Les murs des parcelles, des clos, ont malheureusement trop souvent disparu, mon rêve serait d’engager un maçon et de les remonter. C’est crucial cette notion du parcellaire. Si je mélangeais les différentes parcelles dans mes cuvées, j’aurais des vins déséquilibrés. Tandis que là chaque vin a son caractère, ses émotions, son identité. »

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Sur les équilibres du vin

« Je suis sorti complètement des idées fixes sur les équilibres par rapport au degré d’alcool ; mon rêve serait de ramasser des raisins à 10 degrés, mûrs, dont l’équilibre ne se fait plus par rapport à l’alcool. D’ailleurs, sur les vins du domaine cette notion d’équilibre par rapport à l’alcool n’existe plus. Le végétal est un porteur de fruit, l’amertume est porteuse de vie mais on a peur de cette amertume, pourtant tout ce qui tourne autour de ce végétal porteur de fruit est dans une dynamique joyeuse alors que dès qu’on va dans la surmaturité on va masquer cette énergie qui est l’identité propre d’un cépage. Et c’est particulièrement vrai pour le Cabernet. Je pense que je ne le comprends que depuis quelques années, avant je voulais toujours aller plus loin pour masquer cette forme de végétal qui en fait son identité. »

Sur les analyses

« Comme désormais je cueille juste après la phase du végétal, je ne fais plus d’analyse. Parce que si tu fais des analyses tu ne cueilles pas…tu reviens dans la technique, tu vas regarder les acidités, le pH. 2015 est un des premiers millésimes où je me suis laissé complètement guidé par mon instinct, mes sensations : j’ai goûté et je me suis dit j’y vais ! J’ai fini de vendanger quand tous les autres vignerons de Saumur-Champigny commençaient! Et après pareil pour les vinifications, je laisse l’intérieur me guider, c’est mon idée du vin. C’est pour cela que je dis toujours que je ne suis pas un cas d’école et que je refuse d’être consultant. »

Le Clos des Mémoires

Anémones et roses sauvages se mêlent aux fraises des bois (qui réacidifient les sols) dans le Clos des Mémoires, somptueuses vignes aux souches noueuses et massives, plus que centenaires (113 ans).

« Le sol est travaillé une seule fois dans l’année, donc on laisse les enherbements, » explique Thierry Germain.

« On retourne le milieu du rang au début du printemps, sur 5 cm environ, de façon à faire un engrais vert, sans déstructurer les racines des plantes sauvages. »

« Après, l’enherbement va revenir mais je ne vais pas le tondre pour ne favoriser aucune des plantes puisque il y des annuelles qui vont pousser à des moments différents. »

« Et après on va simplement rouler l’herbe, avec un rouleau qui la couche, la plie, de façon à faire un paillage et si jamais il pleut, elle se relève et elle pompe. Et on ne va travailler que les cavaillons, principalement. »

« À partir du mois de juillet je ne touche plus les cavaillons, on laisse pousser l’herbe partout puis je tonds juste avant les vendanges pour éviter que les vendangeurs en aient plein les pieds et les mains. »

Au niveau de la taille, au Domaine des Roches Neuves on ne verra jamais un bois qui repasse sur la tête et va être plié sur le poussier qui va repartir l’année suivante. Donc tout est plié dans le sens du pas de l’homme !

Notes de dégustation

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Vins blancs :

L’Insolite 2016 sur fût 

Poire et pierre, beaux amers en bouche, douceur et tendresse de trame, mais l’ensemble est joliment incisif.

L’échelier 2016 sur fût 

Senteurs de pamplemousse et d’iode, bouche grasse et suave, mais qui ne se départit pas de son profil précis et tendu, avec beaucoup de sapidité et salinité en finale.

Clos Romans 2016 sur ses lies, demi-muids 

Le nez exhale des parfums de verveine, de fleurs blanches et de silex avec des notes d’hydrocarbures et une touche iodée. Belle fluidité en bouche, matière savoureuse, grasse, en parfait équilibre sur son caractère tranchant, pourvu d’une fine amertume en finale.

L’Insolite 2015

Nez de caractère, ou s’entremêlent effluves d’ananas, de bourgeon de cassis et de silex. En bouche le gras propre au millésime est bien présent mais on reste dans cet équilibre précis entre soyeux et minéralité.

Clos Romans 2014

Complexe, la palette des senteurs évolue sur les agrumes, les fruits exotiques, la pêche, la fleur d’oranger. Pureté cristalline de la chair, racée et profonde, splendeur de la finale qui s’éternise sur une définition lumineuse du fruit. Somptueux.

L’Insolite sur amphore

Macération de quatre mois avant pressage. Orange confite, pain d’épice, noisette. On est sur un tout autre registre entre amertume et suavité, mais avec toujours de la salinité et un joli fruit.

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Vins rouges :

Terre chaude 2016 sur fût

Terroir de sable argileux. Nez sur la cerise, la fraise et la rhubarbe, notes florales, bouche acidulée, tendue et précise, incisive, tanins déjà très fins.

Marginale 2016 sur fût

Terroir d’argile sablonneuse. Parfums de cerise et de rose. Trame ciselée et droite. Tannicité plus présente que celle de Terre chaude mais en phase d’assouplissement, jolie finale florale.

Clos de l’échelier 2016 sur fût

Le nez dévoile des senteurs d’amande, de cerise et de menthe. Superbe minéralité en bouche, avec de beaux tanins crayeux, et une finale tout en fraîcheur.

Les Mémoires 2016 sur foudre 

Fruit élégant : baies et orange sanguine. Toucher de bouche très avenant, soutenu par une magnifique trame aérienne et une tannicité délicate, l’ensemble est déjà bien en place et équilibré, tendu vers une finale qui semble éternelle.

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Domaine 2014

Fruit éclatant au nez comme en bouche, où dominent la cerise et la fraise, touche fumée. Ensemble gourmand et digeste, d’une buvabilité exemplaire, c’est le genre de vin dont on a fini la bouteille avant de s’en apercevoir.

Franc de pied 2014

Terroir de sables, seul endroit sur Saumur où historiquement il n’y a pas eu de phylloxera, travaillé au cheval. Au nez, on a une corbeille de fruits frais, la chair est finement épicée, croquante, délicieusement calée sur des tanins friands. Un vin séduisant, harmonieux.

Roches Neuves 8 copyLes Mémoires 2012

La complexité aromatique fascine d’emblée, elle se décline sur des notes de verveine, d’orange sanguine, de cuir, de thé, de violette et une touche mentholée. Magnifique texture de bouche à la consistance déliée et aérienne, d’une profondeur émouvante, d’une souplesse de tanins caressante, d’une sublime rémanence. Un vin pour méditer.

 

Solera 1997, 1998, 1999, 2000

Parfums de noix, de sotolon, de pain d’épice, de cacao et d’orange confite. À la suavité et au raffinement de la texture fait écho une fraîcheur insistante. La finale est interminable. Un autre vin de méditation.

 

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