La belle tonalité des Champs de l’Abbaye

La clé des Champs…Le symbole du Domaine des Champs de l’Abbaye, en côte chalonnaise (Bourgogne) est une clé de fa. La symphonie des vins composés par Alain Hasard y chante en harmonie, vibrante d’émotion et de pureté.

D’origine ardennaise, Alain Hasard tient de son père, oenophile accompli, sa passion pour le vin. Après avoir passé le plus clair de son adolescence et achevé des études de psychologie à Montpellier, il échange sa carrière de clinicien pour une aventure de vigneron.

« Je ne me voyais pas toute la journée dans un cabinet, » dit-il. « Durant mes études, j’ai travaillé à temps partiel puis à temps complet pendant un an comme sommelier dans un restaurant gastronomique et cela m’a donné plus encore l’envie de faire mon propre vin. »

Une vocation décidément familiale puisque l’un de ses deux frères, Thierry, a suivi la même voie et pris en mains la destinée du Domaine de la Marfée à Murviel les Montpellier pour en faire l’une des références de la région languedocienne. Tous deux partagent d’ailleurs des sensibilités et une philosophie similaires, optant dès leur début pour une viticulture biologique, puis biodynamique en 2003.

La Bourgogne et le Pinot noir

Attiré quant à lui par la Bourgogne et le pinot noir – le roi des cépage pour beaucoup et on ne les contredira pas – Alain débarque un beau jour de 1997 dans le Couchois où il a trouvé ses première vignes. Mais auparavant il a d’abord suivi une formation de base à Beaune, puis effectué des stages de vinification chez divers vignerons des Côte de Beaune et Côte Chalonnaise. Deux ans où, selon ses dires, il a emmagasiné les notions techniques, appris les bons gestes et acquis de la rapidité.

Alain, sa femme Isabelle et leurs enfants restent dans le Couchois jusqu’en 2006. De cette appellation peu connue, les Hasard auront mis en bouteille trois cuvées parcellaires, bien représentatives de leurs différents terroirs.

« Nous avons eu plusieurs millésimes intéressants, mais je voulais évidemment voir davantage que le Couchois, dont nous avions un peu fait le tour! » note malicieusement Alain.

Approche biodynamique

À Aluze, village situé entre Rully et Mercurey, il recommence la conversion de ce vignoble en bio avec une approche biodynamique.

« Mais je ne suis pas un dogmatique, j’applique la biodynamie avec bon sens, » précise-t-il. « Ainsi, je ne vais pas aller vendanger les jours fruits du calendrier biodynamique si ceux-ci ne correspondent pas à la bonne date de récolte. »

S’il se réjouit que de plus en plus de jeunes vignerons s’ouvrent au bio, Alain Hasard regrette en revanche qu’il soit si difficile d’acquérir quelques parcelles de vignes supplémentaires pour celui qui n’est pas établi de longue date. « Même si je ne suis intéressé que par un demi hectare, on préférera le vendre ou le louer au vigneron local déjà bien nanti plutôt qu’à celui du village voisin. Cette fermeture ne favorise pas la diversité des talents, des sensibilités ou des philosophies et ça me fâche, » déplore-t-il.

Mélomane averti

Avec son caractère fin et subtil, sincère et droit, sa passion pour son métier, Alain Hasard peut-il produire des vins qui n’ont pas les mêmes attributs? Non, évidemment. En mélomane averti, il aime faire des parallèles entre vin et musique, jusqu’à jouer sur les mots puisque la clé de fa de ses étiquettes est un clin d’oeil aux chants de l’Abbaye. Chantre d’une élégance suggestive plutôt que de la puissance démonstrative, funambule plutôt que boxeur, il dit sans ambage que certains de ses vins (La Brigadière par exemple), mis entre deux poids lourds (entendez des jus passés sous le joug de l’extraction et du boisé) ne tiendront pas la comparaison: « c’est comme si vous placiez les Gymnopédies de Satie entre une symphonie de Brückner et un opéra de Wagner. »

Ses meilleurs souvenirs récents en dégustation? Il y en a beaucoup mais il cite volontiers les vins de Laurent Charvin en Châteauneuf-du-Pape, un Pouilly-Fumé Silex 2005 de Didier Daguenau et un Pessac-Léognan 2007 du Château Haut-Plantade.

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LES CHAMPS DE L’ABBAYE EN BREF:

Terroir

Le vignoble des Champs de l’Abbaye s’étend sur des parcelles totalisant 6 hectares (4,5 ha en rouge et 1,5 ha en blanc). L’âge des vignes se situe entre 2 ans pour celles nouvellement plantées et 60 ans pour les plus vieilles. Sols calcaires en Rully, marnes argilo-calcaires, pierreuses et ferrugineuses en Mercurey.

Viticulture

Biologique et biodynamique, petits rendements, vendanges manuelles.

Vinification

Très peu interventionniste: levures indigènes, pas de collage ni de filtration. Les blancs sont vinifiés en fût avec des fermentations alcooliques de 8 à 9 mois. Les élevages durent généralement de 12 à 15 mois en barriques renouvelées tous les trois ans environ, il n’y a pas de règle définie. Les fûts, au grain très fin – qui stabilise bien les vins – proviennent de différentes tonnelleries.

Alain Hasard n’est pas nécessairement un adepte inconditionnel des vins élevés en fût de chêne dans les autres régions mais pour ce qui est de la Bourgogne, il estime à juste titre que c’est le processus le plus naturel et le mieux adapté: « Le chêne est bourguignon, c’est une tradition locale, et le mariage entre le Pinot noir, le Chardonnay et la barrique est parfait. »

Le Domaine Les Champs de l’Abbaye produit un Bourgogne générique en rouge et en blanc, un Rully et un Mercurey en blanc, deux Bourgogne Côte Chalonnaise, deux Mercurey et un Monthélie en rouge, ainsi qu’un Crémant de Bourgogne depuis le millésime 2010.

Dégustation

Les Cailloux, Rully blanc 2010
Nez sur les fleurs blanches et les agrumes, bouche ciselée, très droite, d’une pureté cristalline, avec une définition exemplaire du fruit soulignée par une fraîcheur exotique et citronnée. Finale saline et minérale: un vin qui porte bien son nom et exprime fidèlement son terroir calcaire!

Mercurey blanc 2010
Plus gras que le Rully mais également élancé, subtilement équilibré et d’une belle expression aromatique évoluant vers le tilleul, la verveine et les épices douces. Un vin gourmand.

Bourgogne rouge 2010
Faute d’une récolte suffisante, il n’y a pas de Bourgogne Côte Chalonnaise en 2010, le Clos des Roches et Les Gardes étant intégrés dans le “simple” Bourgogne. Cela donne, ma foi, une fort belle bouteille au nez de petits fruits rouges, de rose et d’épices, et à la bouche tendue campant gracieusement sur des tannins serrés et une finale qui évoque l’écorce d’orange.

La Brigadière, Mercurey 2008

Nez de baies rouges, de cassis, avec des notes d’agrumes, matière déliée à l’élégance fraîche et tonique où l’on retrouve des arômes de pamplemousse et d’écorce d’orange. Les tanins, d’une exquise délicatesse, participent à l’harmonie de l’ensemble. Un Mercurey Village de haut vol, au niveau d’un Premier Cru.

La Brigadière, Mercurey 2010

À ce stade, un peu plus sauvage et floral au nez que le 2008 alors que la bouche se fait au contraire suave, tendre et soyeuse, rehaussée par un boisé bien intégré. On aime le charme et la fraîcheur de la finale portée par des tanins fermes mais précis.

Les Marcoeurs, Mercurey 2010

Le pinot noir exhale ici ses parfums typiques de framboise, de cerise et de rose dans une texture à la fois dense et svelte, avec une trame au bel équilibre, des tanins enrobés, de l’allonge et de la profondeur. Un vin qui possède du relief et du caractère.

Pour comparer ses Mercurey, Alain Hasard propose une autre analogie musicale: “La Brigadière c’est Debussy alors que Les Marcoeurs reste plus classique, je dirais Bach.” Bien vu!

Monthélie 2010

La parcelle en appellation Monthélie (Côte de Beaune) a été reprise en 2009. Plantée de Pinot noir, en conversion biologique, une partie de ses pieds manquants ont été remplacés cette année par du Chardonnay. « Nous avons droit à 15% d’autres cépages nobles bourguignons, dont le Chardonnay, un droit qui est très peu appliqué mais que j’utilise dans mes plantations ou lors des repiquages pour créer de la diversité dans les vignes, » explique Alain Hasard. Les rendements sont bas: 15hl/ha!

Ce 2010 présente de la complexité au nez (cassis, mûre, myrtille écrasée, agrumes, iris) et une bouche ronde et étoffée avec des nuances épicées et réglissées, un élevage qui se fond et des tanins certes plus présents que dans les Mercurey mais au même profil distingué.

Photos: Charlotte van Bogaert

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